Love vs Fear

Il s’en est fallu de peu pour que je n’écrive pas aujourd’hui.

Mais quelques âmes bienveillantes m’ont incité à le faire.
Ne pas perdre le fil.
Et parler de ce que l’on vit, à l’intérieur, de l’intérieur.
Ce qui nous habite et cohabite parfois si difficilement.

Comme tout le monde, je suis abreuvée de toutes sortes d’informations.
Et les réseaux sociaux regorgent de toutes sortes de témoignages plus spirituels les uns que les autres.
Je ne voyais pas l’intérêt d’en rajouter.

Mais on m’a rappelé que l’heure était au partage d’expériences et de cheminements.
Et que, dans ce partage-là, toutes les voix ont droit de cité.
Qu’elles participent ensemble à quelque chose de plus universel.
À l’avènement d’un changement majeur.
Chacun avec sa propre voix, sa propre expression.

J’ai fait le choix il y a trois ans de proposer la mienne au monde, probablement en quête d’écho et d’une certaine reconnaissance.
Mais finalement, on ne parle pas parce qu’on a quelque chose (d’intéressant) à dire, on parle parce qu’on a ENVIE de dire quelque chose.
Hum. subtile…

Alors, en ces temps d’exception, cette période si particulière qui soulève tant d’interrogations, voici ce qui m’est venu ce matin.

LOVE vs FEAR

Où les effets secondaires du confinement.

Je me souviens d’un épisode de mon enfance. Je devais avoir environ 5 ans et nous prenions l’avion, pour Majorque je crois, où nous allions déjà passer nos vacances d’été en famille.
Assise juste à côté de moi, une femme « forte », dont je ne me souviens plus si c’était Fabienne, notre nounou, où une parfaite inconnue.
A cette époque, et cela a duré de longues années, j’étais très gravement asthmatique et régulièrement prise de sensations claustrophobiques, sensations physiologiques tout autant que psychiques. Poumons ligotés, cage thoracique soudée, respiration tronquée.
La corpulence de cette femme a tout à coup pris l’aspect dans mon cerveau d’une matière vivante expansive qui « mangeait » littéralement l’air autour de moi, tel un monstre imaginaire aspirant mon atmosphère. Et je me suis mise à hurler en me tordant dans tous les sens : « Elle me bouffe mon air ! Elle me bouffe mon air ! ». La spontanéité des enfants est parfois cruelle. Mais les maladies respiratoires ont cela de particulier que chaque inspiration amputée, coupée, diminuée, au-delà de l’anxiété instantanée qu’elle provoque, est comme une petite mort. Je crois que c’est pour cela que les enfants malades, quand ils en réchappent, ont moins peur de mourir, et acquièrent une perception aiguisée de leur environnement. Et, malgré leur hyper-émotivité, ils gagnent en cela un immense avantage sur les autres.
Mais depuis cette période, je dois me rendre à l’évidence, que tout ce qui réveille en moi ce ressenti de privation d’espace vital reste INSUPPORTABLE. Ce que nous avons été et vécu, continue de nous habiter, de nous structurer, parfois (bien) plus que nous le voudrions.

CONFINEMENT.
« Situation d’une population animale trop nombreuse dans un espace trop restreint et qui, de ce fait, manque d’oxygène, de nourriture ou d’espace. Synonyme : réclusion. »
C’est une définition. Il existe de nombreuses interprétations, comme toujours, mais celle-ci sert mon propos du jour. Quatre êtres vivants, entre quatre murs et à plein temps. Un camp de base provisoire à la composition de l’air modifiée. Oxygène raréfié. Respiration altérée. Et soudain, la pyramide de Maslow est à revoir, et ce qui était jusque là au sommet rejoint étrangement le niveau 1, celui des besoins vitaux. Back to basics !

Non. Je n’ai pas peur de mourir, ni de tomber malade. Mais j’ai peur d’étouffer ! De ne plus pouvoir respirer, d’être asphyxiée, aspirée… Mon fonctionnement est plutôt individuel, et c’est ma « conscience collective », nourrie par les personnes qui m’entourent depuis quelques années, qui me motive à suivre tant bien que mal les directives gouvernementales. Mais, tout comme la « sensation de froid », celle de la CONTRAINTE sous toutes ses formes, physique, spirituelle, relationnelle, sociale, alimentaire, créative, mentale…, est sans aucun doute l’un de mes plus gros chantiers.
Let’s face it ! L’enfant de mon histoire n’est pas encore tout à fait réparé.

OPPORTUNITÉ.
« Qualité de ce qui vient à propos, occasion favorable à saisir lorsqu’elle se présente… »
Je ne crois pas au hasard. Je fais partie de ceux qui pensent que ce qui nous arrive nous pendait au nez. En revanche, je veux croire aux opportunités. Nous devons inévitablement passer par un certain déséquilibre pour accéder à l’envie de changer, de transformer, radicalement ou de manière significative, nos vies et notre rapport au monde et au vivant. Or, tout changement véritable repose sur un bouleversement, un tremblement, une perte d’équilibre et de confiance. Une redistribution des rôles et de l’ordre des priorités de chacun. Une redéfinition de nos frontières personnelles et professionnelles, l’extérieur rentrant à l’intérieur et inversement. Le passage au scanner de nos fondamentaux, une fois notre instinct de survie apaisé par le débordement de nos placards et la raffle des thermomètres, masques et autres flacons de gel hydro-alcoolique dans les pharmacies, qui nous détourne momentanément de nos ambitions écologiques et collectives, d’une certaine dignité, de notre humanité.
Ce que nous vivons aujourd’hui sera peut-être l’occasion d’imaginer le monde demain, plus près de l’essentiel, plus sain, plus modéré, plus relié, plus léger, plus spirituel, plus connecté à la Nature, plus fraternel aussi… Et la façon dont nous pourrons activement contribuer à cela, chacun avec ses propres outils, les moyens dont il dispose.

Apprivoiser la CONTRAINTE pour accéder à la LIBERTÉ.
Jean-Yves Leloup, dans son livre « Aimer…malgré tout » en parle avec des mots très doux. La liberté ne se trouve pas là où nous croyons. Elle ne correspond pas à l’idée que l’on s’en fait. Elle réside au coeur même de la contrainte.
La peur fait partie de nous, nous sommes des animaux ! La peur est un indicateur précieux. Un guide, une étoile, un phare dans l’océan de nos incertitudes. Accueillir notre peur ce n’est pas arrêter d’avoir peur, c’est la voir, la localiser, la reconnaître et la regarder, la dire et la partager avec humilité, la décrypter pour avancer dans une direction plutôt qu’une autre, et ne pas rester enfermé dedans. Depuis notre plus jeune âge, on nous a inculqué de « ne pas avoir peur », de ne pas pleurer, de ne pas être triste ou en colère. Et, tout en les refoulant, nous avons collé sur ces notions, ces émotions, une étiquette très négative. Nous avons été émotionnellement confinés ! Et je crois que nous nous sommes bien trompés… Avoir peur c’est OK. Ce qui n’est pas OK c’est d’avoir peur de la peur au point de s’anesthésier avec tout un tas de substituts qui nous maintiennent dans notre zone de confort mortifère, en défaut de mouvement et de fluidité, en déni de responsabilité.
Oui, nous sommes des êtres fluides, ne serait-ce que par la nature de notre composition !

« Comment retrouver, épouser chaque jour, dans notre quotidien, dans les épreuves que l’on traverse, cette fluidité que nous avons en nous mais qui semble emmurée ? Comment laisser venir cette fluidité qui nous permettrait de mieux vivre ?

D’abord se prendre « à bras le corps », se détendre, se prendre nous-mêmes dans nos bras… avoir un peu plus de tendresse et d’humour à l’égard de soi-même…
Ne pousse pas la rivière…elle coule toute seule !
La fluidité c’est le deuil de la perfection de l’autre et de soi.
La fluidité c’est le Souffle, le pneuma. Nous devons (ré)apprendre à respirer, à respirer profondément. À marcher doucement sur la Terre, tout en respirant. »(extraits de Aimer…malgré tout, de Jean-Yves Leloup) 
À (s’)AIMER vraiment.

Alors, en ce temps de confinement très contraignant, je m’accroche à de toutes petites choses pour ne pas perdre de vue mon essence et mon ciel, des gestes simples qui me permettent de maintenir un niveau d’eau et d’oxygène suffisants pour arroser mon jardin quotidiennement, préserver mon espace vital et alimenter ma créativité.

Comme :
Installer un petit tabouret à la fenêtre de ma chambre et profiter des rayons de soleil du printemps naissant ;
Écouter le bruit du vent dans les arbres qui semblent chanter comme un air de vacances ;
Me faire la remarque que je n’entends plus celui, vrombissant, des voitures ;
Et que les oiseaux peuvent enfin se parler sans hausser le ton ;
Me promener dans le bois à côté de chez moi dans la mesure des distances imposées par la loi ;
Me passer enfin cette crème au parfum de bergamote et de jasmin sur le corps en sortant de ma douche le matin. Geste féminin, geste soin, mais aussi geste de contenance et de réassurance. Se « prendre à bras le corps » oui, pour en délimiter le contour avec douceur et prendre conscience de notre enveloppe protectrice, cette peau, ce tissu cellulaire qui nous unit à tout ce qui est vivant, à la frontière des mondes du Dehors et du Dedans, qui cohabitent en nous et en tout…

Un poème qui parle au coeur

Sur le chemin du rire et des larmes

Merci pour ce repas
Où revenant d’innombrables charniers
Vous m’avez fait rire

C’était le même sel
Dans ce rire aux larmes
Que dans les larmes
D’impuissance et de colère,
La veille

Le même sel
Qui s’extrait de nos chairs
Pour dire le poids du monde
Et la légèreté du devenir

Le rire, le baiser
La nuque
Sont peut-être l’issue

Un peu de tendresse humaine

L’attente de l’autre n’est pas l’adversité de l’autre
Mais son très possible visage
Qui de loin ou de près nous regarde

Que finisse le règne
Où l’absurde et la peur sont « moi »…!

Jean-Yves Leloup

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